dans les rues de londres

*et les rues de londres souffleront sur des mystères d'une autre fois* (mylène farmer)

04 mars 2008

Pour relever le gant

Certes. Detrempee par une vague de bittersweet elle avait revetu sa longue robe larmoyante, celle qui chatoie de couleurs sombres et de metaphores nocturnes; une soutane presque, tellement elle etait lourde de pensees ambigues pour une personne qu'on ne voit jamais.

Certes de temps a autre elle avait besoin d'un petit coup de fouet pour retrouver le joyeux ridicule des mauvais jeux de mots et enterrer le pauvre risible du pathos pseudo-poetique.

Certes parfois elle ouvrait grande la porte a Coelho en la refermant sur Walser.

Elle aurait bien voulu maintenant amorcer le balancement syntaxique prevu et commencer ce paragraphe avec un immense, ricanant et rebelle MAIS; elle aurait bien voulu batailler avec le sauvageon, trouver une riposte intelligente et amadouer son courroux... seulement la verite, pour une fois, n'etait pas ailleurs et elle savait tout comme lui que de passer du baume sur ses blessures n'aurait servi a rien (sauf s'il etait de Venise).

Tres bien donc, Monsieur. En attendant la prochaine danse lors d'une nuit bordelaise, elle irait aujourd'hui voir l'expo Dada a la Tate Modern, mangerait de degoulinantes Jacket Potatoes et si cela ne suffisait vraiment pas, elle deboucherait une bouteille de vin blanc sur la tombe de Marx, au Highgate Cemetery.

(Et la paranthese est close avec un sourire qui se veut aussi elegant que possible).

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26 février 2008

Daphne du Maurier

J'ai ouvert les yeux sur un ciel blanc et plat: pour la premiere fois depuis plusieurs jours le sol de Londres etait mouille de pluie nocturne. Devant le miroir, j'ai su que j'allais revetir le masque souriant des jours qui suivent les mauvaises nuits. Un peu plus de noir sur et sous les yeux, plus d'ocre sur les joues.

Mon sommeil a ete entrecoupe de cauchemars. Ronde des fantomes d'autrefois.

Etaient-ce les suites du blues dominicale, celui qui suit les fetes trop arrosees? Ou plutot cet article que j'ai lu hier sur Daphne du Maurier?

Du Maurier, la femme ecrivain anglaise a l'origine du livre Rebecca qui avait inspire la sienne a Hitchcock. Un livre que j'ai toujours evite dans les rayons, malgre mon oeil accroche aux sept lettres. Hier j'ai parcouru cet article, apprenant que l'histoire parle d'une jeune mariee qui emmenage dans la maison de son mari. Maison hantee par le fantome de son ancienne femme, morte, qu'il n'a jamais reussi a oublier. Rebecca.

L'article parle aussi de la vie de Daphne du Maurier, vie qui pourrait avoir inspire ce livre et pendant laquelle la jeune femme a toujours ete le centre de rumeurs concernant son eventuelle bisexualite et sa relation incestueuse avec son pere...

Et dans ma tete tout a tourbillonne, encore et encore, melant fiction, vie, livre, protagoniste et heroine, verite et mensonge, souvenirs et fantasmes.

Ais-je encore besoin de me demander pourquoi ma nuit a ete troublee?

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22 février 2008

Retrouvailles

Ma jolie magicienne du Nord est arrivee hier. Elle a change de bonnet, mais son rire est le meme et le bleu franc de ses yeux n'a pas vacille un instant lorsque j'ai essaye de combler les trois dernieres annees, devant un plat chinois et une bouteille de vin blanc.

Elle a toujours des paroles douces. Et l'eclat de ses cheveux blonds m'a rappele que, finalement, il suffit d'un seul exemple pour dejouer et detruire les plus mauvais prejuges.

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11 février 2008

Lookink for the spring

Une aube peinte par Turner. Westminster Abbey se dressait silencieusement dans le flou et les pastels du petit matin lorsque je suis passee devant. La main de l'artiste a rajoute un trait dore, en plein coeur du cadran de l'horloge. J'ai ferme les yeux, un peu eblouie par les eclats de lumiere. Dans mes oreilles, la voix trainante de Keren Ann chantait "It's all a lie" et je me suis dis que, peut-etre, il etait temps de changer de disque.

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04 février 2008

There's no need for turning back. Cause every road leads to where I am.

Ce weekend, dans un petit lit d'un des multiple colleges d'Oxford, je pensais a cette immense carte du monde accrochee au mur juste a cote de moi. Si grande, si vaste, inconnue de toutes parts. Et j'avais dans les mains le fourmillement de ceux qui veulent partir, encore, aller plus loin, vers des contrees plus improbables. Inexplorees. Et moi si petite avec des desirs d'evasion et de decouvertes si lancinants. J'ai tant de peine a rester en place: les frontieres me paraissent des barreaux, chaque train qui part sans moi me semble une occasion manquee. Pourquoi tant d'espace si ce n'est pour le parcourir? Ici, a Londres, je decouvre et je vis, j'ouvre les yeux, la tete, mon ame devant chaque coin de rue comme devant un continent. Mais j'ai deja le retour au fond de la gorge avec cet arriere-gout apre des mots en -ite.

Responsabilite.

Rentabilite.

Realite.

(Incompatibilite du reve. Et du reveil.)

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01 février 2008

Syllogisme

Il faut se mefier de la tequila.

Le "soju" se boit comme de la tequila.

Donc, il faut se mefier du "soju".

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31 janvier 2008

Weekend prolonge

Alors en vrac j'ai juste envie d'esquisser des sensations, faire un vague et imprecis croquis des moments passes - trop courts - et des instants partages. Le bleu inhabituel du ciel, comme un coup de pouce londonien a nos espoirs; la promenade au gre des quais du fleuve, les rires autour des statues et de monuments, l'Histoire revisitee: des minutes complices et enjouees, les projets et les doutes, les vieilles peur non pas effacees, pas resolues, mais mises a plat et maitrisees un peu parce qu'exprimees.

Les regards qui se font plus profonds et vacillants de choses a dire autour d'un verre de vin, deux, la bouteille et les fish&chips en prime.

Londres toute en briques et en paves qui se laisse apprivoiser. L'introuvable galerie du Barbican, Soho, Covent Garden et China Town, juste le centre parce que si peu de temps, le sablier qui file en depit des decouvertes a partager. Quelques journees pour faire; des mois pour esperer. Et aussi les glaces mangees a meme le pot, les petites cuilleres en plastique, vin au goulot et lit d'hotel a l'arrachee - des rires dans la gorge, mille caresses au fond des mains. Et juste. La douceur d'etre la.

Lorsqu'il est parti, un lien dore enserrait ma cheville, solide et soyeux comme des bras au reveil.

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24 janvier 2008

Reminiscences

Doucement les choses prennent le cours du quotidien. Les cours le matin, les mots qui riccochent de partout, se croisent et s'enlacent, souvent a l'envers. J'ai mille rires dans la tete car je sais que c'est le debut, que j'ai encore le temps, qu'une langue ca s'apprivoise petit a petit. Vaillamment j'ecris, je lis. M'impregner des mots des autres pour reajuster les constructions, copier pour ensuite savoir creer, c'est toujour pareil.

L'apres-midi je me balade dans les rues, hier je suis restee accrochee longtemps devant certaines toiles de la National Gallery, un peu assommee par la hauteur des salles et le reflet de la lumiere sur le cire des parquets.

Le soir, c'est presque du connu. Les repas dans de la douce folie, des voix qui fusent de partout, personne qui n'ecoute et tout le monde qui comprend. Le vin, la tequila, les pas vacillants vers les arrets de bus, dans le froid. C'est ma memoire qui fait des sauts perilleux avec les images de la ville de pierre, il y a trois ans. Je connais tout ca. C'est different mais c'est la meme saveur, le meme gout de liberte sur les levres. Les memes etincelles, brillantes de cette lueur ephemere qui fait les vraies beautes. Celles qu'on regrette ensuite au coin du feu, un sourire dans le vague.

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22 janvier 2008

Quand tout commence

Cela a ete le dernier voyage pour mon fidele compagnon blanc a la petite pomme. Il m'a lachement abandonnee dans un acces de rejet britannique, n'offrant a mon regard esseule qu'un ecran vaguement gris et deserte. J'ecris donc entouree d'etudiants de tous pays dans une cafeteria ornee de canapes violines, sur un fond de... Rihanna... Et surtout, d'un clavier desaccente. Oh rage, oh desespoir. Bon, nous dirons que cela fait partie du depaysement.

J'ai deja mille choses qui se bousculent pour sortir de mes doigts vers ce journal de bord, impossible d'y mettre de l'ordre, pour l'instant. Mais des impressions furtives, eclatantes et mal rangees.

Aeroport de Luton; il pleut evidemment et j'adore cette pluie parce que c'est exactement comme je me l'etais imagine. La tete appuyee contre la vitre du bus, je regarde le paysage s'ouvrir et defiler derriere la fassade des gouttes. On se croirait dans un film de Ken Loach. Plus d'une heure de trajet, la nuit tombe et le vehicule s'engouffre dans les lumieres de Londres. Ici le crepuscule est sec, les maisons s'elevent rouges de briques avec des entrees victoriennes, j'eclate d'un immense sourire a moi-meme en voyant ma premiere cabine telephonique, tellement telle que je l'imaginais. Puis en vrac ce sont les retrouvailles avec Annabelle, les mots anglais qui s'amoncellent dans ma tete, les projets qui se forment deja, ce weekend par ci, cette soiree par la... tout commence.

J'habite un petit appartement au debut de Pimlico, exterieur blanc et meubles pastels. Tous les matins je prendrai le bus 24, toujours a l'etage bien sur, et je roulerai sur Belgrave Road passant Victoria Station pour remonter jusqu'a Trafalgar Square. Descente avec un geste du matin vers les lions impassibles et un sourire pour les pigeons qui ne sont plus la. Dans les oreilles j'ai Air, Tom Waits et Empty Chairs.

Vite, un cafe au passage au Nero Italian, moins cher que le Starbucks mais tout aussi grand. La journee sera longue. Et c'est parfait.

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18 janvier 2008

Fasten your seat belt

J'ai fait mes bagages avec les jupes, le rouge et le noir, le bracelet en cuir qui rentre presque un peu chez lui. J'ai empilé deux Anaïs Nin en guise de talisman, On the Road de Jack Kerouac et The Great Gatsby pour apprivoiser les mots anglais, et puis bien sûr le guide, la carte et mon bérêt en compagnon de route. Dans ma tête j'ai fait mes adieux. Dans mon ventre j'ai fait des projets. Demain je décolle.

Posté par anna_is à 20:46 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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